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Trimballée dans une vieille besace, la poupée excitée attendait... Ni la saleté, ni la grossièreté environnante ne semblait la choquer. Impatiente, le temps lui semblait être un long ruban sans fin, se déroulant encore et toujours, les mêmes scènes se rejouant sans cesse... l'emploi du temps d'un soldat...
Et enfin, le départ; le pays conquis, certains soldats pouvaient enfin rentrer chez eux... et l'Homme fut de ceux là. Le trajet fut rude, tous furent chargés comme du bétail, dans des trains si sales, si bondés, que la poupée, écrasée, commençait à s'abîmer... Mais qu'est ce que cela pouvait bien lui faire, puisqu' à l'arrivée, de charmants petits bras devaient la saisir, et la serrer contre son petit coeur de jouet.
Et les paysages, sans fin, défilaient, la campagne, les villages, les forets mornes... parmis l'abrutissement des voyageurs, notre chérie rêvassait... comment serait l'enfant?
Mais la maison était silencieuse. Aucun bruit ne filtrait par les murs. Etonné, et vaguement angoissé, il frappa à la porte, et attendit... en vain. Pas de réponse, pas un son, pas un souffle. Rien. Il frappa plus fort, la porte fermée ne renvoya que les échos d'un vide immense. Il hurla, frappa plus fort, ameuta les voisins, qui enfin arrivèrent.
Et dans ce tas de paroles, d'excuses et de plaintes, il ne comprit pas tout de suite, la nouvelle, si dure, qu'elle s'échouait dans leurs gorges avant d'oser monter aux lèvres. Et il compris. Mais pas la poupée... Et L'homme pleura la mort de sa femme et de sa fillette, pendant que lui se battait pour survivre, elles se battirent avec la maladie, mais en vain. Depuis quelques jours déjà elles reposaient en terre.
La poupée ne comprenait pas, qu'est ce que la maladie, ou la mort pour un jouet? Elle attendait, de voir, ou serait la fillette de son cœur.
L'Homme lourd des remords et des regrets de n'avoir pu les voir une dernière fois, partit se recueillir sur leurs tombes, emmenant avec lui la besace et la poupée qu'il n'avait quittée. Après plusieures minutes de recueillement, de rage et de désespoir, il balança le jouet sur la tombe de sa fille, partit, et ne revint pas.
Et la poupée, laissée là, attendit, des heures, des jours, des mois, jusqu'à devenir froide comme la pierre, humide comme la mousse, la végétation s'installât autour d'elle, en elle, sans une visite, sans un regard, pour ce jouet abîmé qui pourrissait.
Publié par poupee-baroque à 16:06:22 dans Vie (fictive) d'une poupee | Commentaires (1) | Permaliens
Et les soldats prirent place dans les salles encore habitables de la maison. Et certains s'aventurèrent dans les autres, pour rire, rire du luxe de ceux qu'ils avaient combattus, gardant leurs misères, pas plus enrichis pour autant d'avoir gagné.
Des pas plus proches, encore et encore, Jolie-poupee qui étouffait dans sa peur, et dans son corps de poupée, jetée, et des soldats qui entraient, arrivant à ses pieds... Sans la voir. Ils firent le tour de la pièce surpris de la beauté de la chambre d'enfants même si partiellement détruite, s'amusant devant une boîte à musique qui ne marchait plus, la jetant plus loin, continuant leur tour; et l'un d'entres-eux buta sur notre chérie.
Il jura, la ramassa, pour voir ce que c'était, ce bout de chiffon sali, et ô surprise la trouva belle... Il choisit de la garder pour sa fille, restée là-bas au loin, dans son pays natal...
Mademoiselle-Jolie-Poupee n'en revenait pas; quoi elle plaisait enfin! Et l'homme déjà âgé, vieillit par la dure vie de soldat, la recueillit comme un bien précieux, s'imaginant la joie de sa fille chérie en rentrant.
Et la poupée imagina aussi...
Publié par poupee-baroque à 12:49:51 dans Vie (fictive) d'une poupee | Commentaires (0) | Permaliens
Mais ce qui arrivait, depuis un certain temps, était une rumeur, lancinante, comme un cri unique et sans fin, comme des pleurs... quelque chose ne tournait pas rond dans les esprits des hommes... aux cœurs déjà trop secs, presque cassants de cette sécheresse, de ce manque d'amour à donner, même à des jouets. Si l'on n'aime pas les jouets, peut-on aimer son prochain...
Et le branle-bas de combat, commença dans la maisonnée, les parents affolés, les domestiques encore plus, la Vilaine-fille tout autant, le préparatif des bagages en accéléré... et notre Jolie-poupee. Elle vécut tout ça du haut de son armoire, d'où personne ne songeait à la descendre. Et personne n'y songea. La maison se vida. Elle resta seule, prisonnière de sa misérable boite de carton, vieillie, sale, et toujours si seule. Sans bruits.
Des bruits sourds tout d'abord se firent entendre, sourds.. comme des coups de canons... et ceux-ci fusèrent... un peu partout sur la ville... certains frappèrent de pars en pars la maison... maison éventrée.
Sous les chocs, la poupée tomba face contre terre, seul joujoux non-emporté, dans les débris. Mademoiselle-Jolie-poupee, étouffant sous le poids de la solitude, gisait ainsi, ridiculement, sur un plancher sale, dégoûtant, pour combien de temps encore, avant d'être réduite à rien, par un coup de canon de plus....
Publié par poupee-baroque à 11:08:07 dans Vie (fictive) d'une poupee | Commentaires (3) | Permaliens
Publié par poupee-baroque à 12:51:02 dans Vie (fictive) d'une poupee | Commentaires (0) | Permaliens
Un magasin de joujoux, un magasin de luxe, une vitrine devant laquelle les enfants aimaient à rêvasser... Mais Mademoiselle Jolie-poupée n'était pas si bien placée... entourée de nombreuses consœurs plus luxueuses et belles encore, plus tapes à l’œil. Suffisamment belle pour attirer le regard des enfants pauvres, mais pas assez pour les gamines riches et capricieuses... Et consciente de cela, Jolie-poupée dépérissait.
Voyant cela, un nounours voisin, Monsieur Teddy-bear, la trouva touchante. et ce lia avec elle... et l'amour, le pur amour, naquit... Et la vie redevint belle pour Mademoiselle Jolie-poupée.
La période de noël approcha, et les joujoux fébriles, attendaient heureux le jour de leurs achats... et les jours passèrent et beaucoup partirent. Et Monsieur teddy-bear fut acheté. Il partit avec un dernier regard pour Jolie-poupée aux bras tendus de désespoir, certain d'être déjà aimé par le petit garçon de ses rêves... point de trop de remord pour lui...
Quand Monsieur-propriétaire revint après plusieurs jours d'absence, il la trouva, plus fragile encore, comme abîmée, debout seule... et ne voulant la laisser ainsi il entrepris de lui construire un petit fauteuil de rotin.
Adorable fauteuil, mais maigre consolation pour la poupée...
Publié par poupee-baroque à 12:54:57 dans Vie (fictive) d'une poupee | Commentaires (2) | Permaliens
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